Pourquoi le nombre d’actes terroristes perpétrés par les mouvements soutenant la « suprématie blanche » augmente-t-il?

The Week

Les racistes de droite sont à l’origine d’une vague de terrorisme local. Pourquoi cette idéologie empoisonnée se répand-elle? Voici tout ce que vous devez savoir:

Est ce que le nombre de mouvements soutenant la « suprématie blanche » est-il en hausse?

Cette année, nous avons été témoin d’une vague d’actes meurtriers horribles motivés par la haine raciste et antisémite. En février, les procureurs ont déclaré que le commandant adjoint des garde-côtes dans le Maryland avait rassemblé un arsenal d’armes et enquêté sur les moyens d’accéder aux législateurs démocratiques, aux juges libéraux de la Cour suprême et aux journalists de la télévision. L’agresseur présumé a également effectué une recherche sur Internet pour trouver une « patrie blanche » et pour savoir “quand enfin les blancs se réveilleront ». En avril, le fils d’un shérif, âgé de 21 ans, a été accusé d’avoir brûlé trois églises appartenant à la population Afro-Américaine en Louisiane. Pendant ce même mois, un homme blanc a tué des fidèles dans  une synagogue à Poway, en Californie, après avoir publié un communiqué en ligne indiquant: « Chaque juif est responsable d’un génoci de de la race européenne soigneusement planifié « . Parmi les gens qui l’ont inspiré il a cite le militant de la « White supremacy » qui, en mars, a assassiné 51 musulmans à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Le président Trump a minimisé l’importance de l’assassinat par la suprématie blanche et l’a décrit comme étant une poignée de pommes pourries – « un petit groupe de personnes ». Mais le FBI dit le contraire et a annoncé la semaine dernière que 850 enquêtes étaient en cours sur de possibles terroristes locaux, y compris des individus et des groupes anti-gouvernementaux, membres de groups appartenant à la « suprématie blanche ».

Est ce que la hausse est importante?

Le nombre d’enquêtes menées contre les « suprémacistes blancs » et les nationalistes a augmenté très rapidement ces derniers mois, a déclaré Michael McGarrity, directeur adjoint de la division antiterrorisme du FBI. Plusieurs organisations font état d’une augmentation du nombre d’organisations de crimes motivés par la haine: la  anti-diffamation League a déclaré que l’extrême droite était à l’origine d’au moins 50 meurtres l’an dernier, l’année la plus meurtrière depuis l’attentat à la bombe perpétré à Oklahoma City en 1995. Selon M. McGaritti, la menace terroriste domestique la plus dangereuse aujourd’hui est « le criminel individuel qui se radicalise en ligne et qui a accès à des armes ». C’est pourquoi il est aussi difficile de mesurer l’ampleur de la menace. Les « suprémacistes blancs » se rencontrent aujourd’hui dans des forums Internet sombres, rendant leur identité intentionnellement difficile à suivre.

Quelle est la popularité de ces sites?

Stormfront.org, fondé par un ancien dirigeant du KKK dans les années 1990 sous le slogan « White Pride, Worldwide », comptait en 2017, 300 000 membres. Un autre forum de partisans de la « suprématie raciale » dont le plus populaire est le Daily Stormer, a été retirée d’Internet après le rassemblement Unite the Right de Charlottesville, en Virginie, en 2017. L’interdiction faisait suite au fait que  le site a appelé Heather Heyer, qui a été assassinée, « une grosse prostituée de 32 ans sans enfants ». Le tableau d’affichage de Politically Incorrect sur 4 chan est un autre centre important pour les membres de la droite, qui est anonyme et qui efface tres vite les posts. En Janvier 2018, le mot N (c.a.d . – mot péjoratif racial pour «nigger») est apparue 115.000 fois sur 4chan, plus de cinq fois autant qu’en  2015.

Pourquoi le racisme réussit-il tellement sur Internet?

Les gens se  sentent en sécurité en raison de l’anonymat sur  Internet, les participants – principalement des jeunes hommes blancs – disent des choses choquantes sur ces forums en ligne. Une culture rudimentaire consistant à se sentir supérieurs aux autres les encourage à parler de viol, de racisme et de génocide, réduisant ainsi leur  seuil de sensibilité aux idéologies violentes. Les nationalistes blancs sont connus pour recruter des joueurs individuels en ligne et des fans de genres musicaux comme le death metal en les encourageant à voir des « gens normaux » comme étant des personnes sans scrupules. Cela donne lieu à de violents fantasmes concernant le règlement de comptes avec des femmes qui n’accepteront pas de sortir avec eux et à des fusillades en masse contre des juifs et des non-blancs.

Quel est leur slogan de recrutement?

Sur Twitter, le Ashtag le plus populaire parmi les suprémacistes blancs est le #whitegenocide. C’est la théorie du complot selon laquelle les Juifs prévoient l’extinction des chrétiens blancs en les remplaçant par des immigrants et des réfugiés. En octobre dernier, peu avant l’assassinat de 11 personnes à la synagogue Etz Hayim à Pittsburgh – l’attaque la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis -, le tireur a utilisé une plate-forme d’extrême droite pour dissiper sa haine des « envahisseurs ». Il a accusé la « Société Juive  d’aide aux immigrants” d’être à la base de l’arrivée des envahisseurs. “Ils aiment amener des envahisseurs pour tuer notre peuple », a déclaré ce militant âgé de 46 ans. « Je ne peux pas rester assis à regarder comment on assssine mon peuple. Je rentre”. Le meutrier de la synagogue de Pawey s’est dit inspiré par 8chan. « Ce que j’ai appris ici est inestimable », a écrit le meurtrier de 19 ans juste avant l’attaque. La première personne qui a répondu à son message l’a encouragé à « obtenir le meilleur score », la description la plus répandue parmi les extrémistes sur Internet qui décrit le décompte des victimes du meurtrier de masse.

Que font les forces de l’ordre?

Les responsables disent qu’ils sont sous-financés et « menottés » pour faire face à cette menace. Pour des raisons qui ne sont pas claires, l’administration Trump a réduit le financement de l’Office fédéral de partenariat communautaire, qui collabore avec les gouvernements et les organisations locales pour prévenir la radicalisation des musulmans et  des nationalistes blancs, de 21 millions en 2016 à 3 millions de dollars en 2017. Le département de la Sécurité intérieure a arrêté les activités d’un groupe d’analystes du renseignement qui travaillaient sur le terrorisme local. Les défenseurs des droits de l’homme demandent au Congrès d’adopter une loi nationale contre le terrorisme; sans une telle loi, un lieutenant de la Garde côtière soutenant la «suprématie blanche », qui aurait mis au point un plan pour tuer d’éminents démocrates et les membres des médias ne pourra pas être accusé de meurtre mais seulement de possession d’armes illégales. «Si vous utilisez la violence afin d’intimider ou de contraindre», a déclaré Mary McCord, vice-adjoint de la sécurité nationale “alors il faut appeler cela du terrorisme. Un point c’est tout.”

Le problème des médias sociaux

Il est difficile de dissuader un groupe qui se nourrit de sentiments de persécution. Après que le Daily Stormer ait été retiré d’Internet par sa société servant d’hôte, il est rapidement revenu à l’activité sous un autre nom et a collecté plus de 150 000 dollars pour sa défense juridique.

Le site publie des images pouvant être partagés sur les réseaux sociaux sans alerter les personnes responsables de la censure. Il est également difficile pour les entreprises qui exploitent des sites de médias sociaux de faire la différence entre les activistes des  « suprémacistes blanches » et des “gauchistes radicaux”; le représentant républicain Steve King de l’Iowa, par exemple, a déclaré: « Nationalisme blanc, actif, suprématie blanche, civilisation occidentale – comment cette langue est-elle devenue choquante? » Les républicains à la Chambre des représentants se sont chargés de la tâche de la Commission King, maislui est encore toujours  membre du Congrès. Facebook a refusé pendant des années de banir les membres appellant à un « État blanc exclusif », mais a changé de cap en mars et a interdit « les éloges, le soutien et la représentation du nationalisme et du séparatisme de la race blanche », ce qui a conduit à des accusations de censure partisane. Trump a écrit sur Twitter: : “Ceci sont les États-Unis d’Amérique, et nous avons ce qu’on appelle le droit à la « liberté de la parole”.

Source: The Week

Increase awareness:

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on email
Email
Share on whatsapp
WhatsApp
Share on print
Print

Read this article in other Languages: