La justice russe étudie la théorie antisémite d’un « meurtre rituel » de la famille impériale en 1918

Moscow
– C’est
une vieille lune antisémite qui était jusqu’à présent cantonnée aux franges les
plus extrémistes de l’Eglise orthodoxe russe. L’idée que l’assassinat de la
famille impériale russe par les bolchéviques, en 1918, puisse relever du «
meurtre rituel » a effectué un retour en force fin novembre, promue à la fois
par de hauts responsables du clergé et du Comité d’enquête.

 

Institution
judiciaire de premier plan et traditionnel bras armé du Kremlin dans les
affaires sensibles, le Comité d’enquête va former une commission spéciale
chargée de se pencher sur le sujet, réunissant des membres de l’Eglise et des
historiens, a indiqué l’une de ses dirigeantes au cours d’une conférence
consacrée à la mort des Romanov, lundi 27 novembre, à Moscou. « Nous vérifions
toutes les versions possibles des circonstances du décès, notamment la
destruction des corps à l’aide de feu et d’acide, leur décapitation… ainsi que
la version d’un meurtre rituel », y a déclaré Marina Molodtsova, une haute
responsable du Comité d’enquête.

 

Lors
de la même conférence, la théorie du meurtre rituel a reçu un autre soutien de
poids, celui de l’évêque Tikhon, un dignitaire religieux qui passe pour être le
confesseur du président russe, Vladimir Poutine. Selon l’évêque, cette théorie
est partagée par de nombreux membres de la commission d’enquête, qu’il dirige,
mise en place par le Patriarcat sur l’exécution de la famille Romanov. « Les
bolchéviques et leurs hommes de main n’étaient pas étrangers à toutes sortes de
rituels symboliques », a-t-il ensuite expliqué à l’agence RIA Novosti.

 

Le
17 juillet 1918, le tsar Nicolas II, son épouse et leurs cinq enfants avaient
été exécutés par un détachement bolchévique dans la ville d’Ekaterinbourg, dans
l’Oural. Leurs dépouilles ont été découvertes en 1991 et 2007, et en 2000
l’Eglise orthodoxe russe a fait de l’ensemble des membres de la famille des
martyrs et des saints. L’Eglise conteste toutefois l’authenticité des restes
des corps – pourtant authentifiés par des analyses génétiques – qui ont été
ramenés à Saint-Pétersbourg, et en 2015 la justice a rouvert son enquête sur
ces meurtres.

 

Ni
les autorités religieuses, ni le Comité d’enquête ne font explicitement mention
des juifs, mais l’expression est une référence traditionnelle et exclusive à un
mythe antisémite ancien, selon lequel des juifs tuent des enfants chrétiens à
des fins rituelles, afin de boire leur sang ou de confectionner avec lui du
pain azyme. Ces vieilles accusations furent à l’origine de nombreux pogroms
dans le passé.

 

S’agissant
du meurtre des Romanov, la thèse repose non seulement sur l’incertitude sur le
destin des corps, mais aussi sur d’obscures théories selon lesquelles le
dirigeant bolchévique, Iakov Sverdlov, juif, aurait commandé à un autre juif,
Iakov Iourovski, de tuer la famille impériale en accomplissant ainsi un « rite
cabalistique ». De telles théories sont en vogue dans les milieux nationalistes
et chez certaines franges de l’Eglise, notamment le mouvement des « Tsar Dieu
», qui ne cesse de gagner en influence.

 

Plusieurs
historiens ont dénoncé le caractère farfelu de ces théories, Andreï Zoubov
notant notamment dans la Novaïa Gazeta que le meurtre rituel n’a jamais été
pratiqué par les juifs, pas plus que de quelconques rituels religieux ne
l’auraient été par les bolchéviques.

 

Les
représentants de la communauté juive de Russie ont émis de vives protestations,
et appelé les autorités à réagir. Le rabbin Borouch Gorin, représentant de la
fédération des communautés juives, a notamment dénoncé « un exemple choquant
d’ignorance médiévale », d’autres craignant y voir le signe précurseur du
retour d’un antisémitisme d’Etat, qui a existé à différentes périodes tant de
l’Empire tsariste que de son successeur soviétique.

Source: ynet

Increase awareness:

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on email
Email
Share on whatsapp
WhatsApp
Share on print
Print

Read this article in other Languages: