Les Essentiels du Rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.2017

Source: cncdh

Rapporteur
national indépendant sur la lutte contre toutes les formes de racisme, la
Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) rend public le 27e
rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie
.

 

«
En cette année anniversaire, il faut nous rappeler les premiers mots du
préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « la
reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine
et de leurs droits égaux et inaliénables constitue un fondement de la liberté,
de la justice et de la paix dans le monde.» Lutter contre le racisme sous
toutes ses formes et les discriminations qu’il génère, et pour que toute
personne soit traitée avec respect et dignité, quelle que soit son origine,
exige une mobilisation sans relâche des pouvoirs publics. » Christine Lazerges,
présidente de la CNCDH.

 

Après
trois années de hausse consécutives (+ 10 points de 2013 à 2016), l’indice de
tolérance se stabilise en 2017. On observe cependant une légère régression de
la tolérance à l’endroit des noirs (- 3 points) et des Roms (- 2 points). La
hiérarchie des rejets demeure néanmoins stable : les minorités juives, noires
et asiatiques restent les mieux acceptées, les Maghrébins et les musulmans les
moins acceptés, à l’exception des Roms et des gens du voyage, de très loin les
plus rejetés. On aurait pourtant pu craindre une régression de la tolérance en
raison d’une part du contexte général en apparence peu propice à l’acceptation
de l’autre (chômage, omniprésence des thèmes sécuritaires dans les médias, montée
des populismes en Europe, crise migratoire…), et d’autre part des élections qui
ont été l’occasion de prises de parole virulentes, largement relayées et
commentées par les médias et les réseaux sociaux.

 

Avec
près de 750 plaintes déposées chaque mois, encore en 2017 la tendance à la
baisse globale des actes racistes ayant fait l’objet d’un signalement aux
forces de police et de gendarmerie se confirme. Malgré cette tendance positive
dont on peut se réjouir, le niveau du racisme en France reste inquiétant ; une
certaine progression des actions les plus violentes requiert une extrême
vigilance. Si toutes les minorités sont concernées, les juifs semblent
particulièrement touchés.

 

On
estime que seules 3 % des victimes d’injures racistes portent plainte, 17 % en
cas de menaces et 30 % en cas de violences de cette nature. Cette
sous-déclaration s’appelle aussi le « chiffre noir ».

 

La
CNCDH alerte une nouvelle fois les pouvoirs publics sur la persistance d’un
taux beaucoup trop élevé de victimes de racisme qui ne signalent pas ces
incidents. Inciter au dépôt de plainte, professionnaliser la mission d’accueil
et encourager la poursuite d’investigations approfondies devraient constituer des
priorités de l’action publique. La CNCDH recommande notamment de désigner des
enquêteurs référents dans les commissariats et les compagnies de gendarmerie ou
d’étendre le périmètre d’actions des référents LGBT déjà nommés. En la matière,
l’enregistrement d’une main courante devrait en outre être, si ce n’est
proscrit, à tout le moins vivement déconseillé, afin de privilégier le dépôt de
plainte.

 

Les
actes les plus violents tendent à éclipser le racisme « ordinaire » qui affecte
le quotidien de nombreuses personnes (regards hostiles, contrôles de police
discriminatoires, propos injurieux, discriminations dans l’accès à un logement
ou à un emploi…). Les associations interrogées font état d’une forme de
banalisation et d’accoutumance des victimes à ces expressions plus subtiles du
racisme. La CNCDH appelle les pouvoirs publics à prendre sans plus attendre la
pleine mesure de ce phénomène et à mobiliser tous les moyens pour lutter
contre.

 

La
CNCDH se félicite de l’adoption du nouveau plan interministériel de lutte
contre le racisme et l’antisémitisme (2018-2020), présenté par le Premier
ministre le 19 mars 2018. Ce dernier s’inspire très largement des qu’elle avait
formulées et transmises à la DILCRAH en décembre 2017.

 

Dans
son rapport annuel, la CNCDH propose des pistes d’action complémentaires visant
notamment à promouvoir un apprentissage actif de la citoyenneté à l’école et à
lutter contre le déferlement de haine sur Internet. Elle alerte les pouvoirs
publics sur leur devoir d’exemplarité tant dans les mots que dans les actes,
ces derniers devant être animés du souci constant de consolider le lien social.