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France Lutte contre lantisémitisme

Alain Soral condamné à un an de prison ferme pour négationnisme

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Source: lefigaro

L’essayiste d’extrême droite a été condamné ce lundi 15 avril par le tribunal correctionnel de Paris pour contestation de l’existence de la Shoah. Il a fait appel.

C’est une décision forte que vient de prendre le tribunal correctionnel de Paris à l’encontre d’Alain Soral: un an de prison ferme assorti d’un mandat d’arrêt pour contestation de l’existence de la Shoah. En vertu de ce mandat d’arrêt, il peut être interpellé dans les heures ou les jours à venir et conduit en détention. Son avocat, Damien Viguier, a été condamné à 5000 euros d’amende pour complicitié. Sur le site créé par Alain Soral, Egalité et Réconciliation, l’avocat a annoncé qu’ils allaient faire appel. A la source de cette affaire, un dessin, qui a valu deux procès au polémiste d’extrême droite.

L’affaire remonte à 2016. Le site d’Alain Soral publie un dessin représentant une page de journal titrée «Chutzpah Hebdo» sur laquelle paraît le visage de Charlie Chaplin devant l’étoile de David, avec dans une bulle la question «Shoah où t’es?», référence à une Une polémique de Charlie Hebdo après les attentats de Bruxelles, «Papa où t’es?». Pour le tribunal correctionnel de Paris, qui l’avait déjà condamné à trois mois de prison ferme en mars 2017 pour contestation de crime contre l’humanité et injure raciale, le dessin laissait penser «qu’il serait légitime de s’interroger sur l’existence de la Shoah» et insinuait «chez le lecteur que l’idée de la Shoah serait non une réalité indiscutable mais une fabrication de l’esprit».

Alain Soral, de son vrai nom Alain Bonnet, a été jugé pour avoir mis en ligne sur son site en novembre 2017 les conclusions litigieuses de son avocat dans l’affaire du dessin évoqué plus haut. Il y était évoqué une chaussure et une perruque représentés dans le dessin «Chutzpah Hebdo». «Chaussures et cheveux font référence aux lieux de mémoire organisés comme des lieux de pélerinage. On y met en scène des amoncellements de ces objets, afin de frapper les imaginations», avait notamment écrit l’avocat. «La coupe de cheveux se pratique dans tous les lieux de concentration et s’explique par l’hygiène», enchaîne-t-il, citant par la suite le négationniste Robert Faurisson. Sur deux autres détails du dessin, le «savon et l’abat-jour», l’avocat a également prétendu que les savons faits à partir de graisse humaine par les nazis ou les abats-jour en peau humaine n’étaient que «propagande de guerre».

La Licra et l’Union des étudiants juifs de France avaient signalé ces propos au parquet. Six mois de prison ferme avaient été requis contre Alain Soral pour la publication de ces propos ainsi qu’une amende de 15.000 euros contre son avocat. Le tribunal est allé au-delà des réquisitions du parquet s’agissant du polémiste. Tous deux devront également verser un euro symbolique de dommages et intérêts à quatre associations antiracistes parties civiles ainsi que 1500 euros au titre de frais de justice, solidairement, à chacune d’entre elles. La Licra a salué dans un communiqué «la fermeté de cette décision qui doit aussi son caractère exceptionnel au mandat d’arrêt» et demandé «sans délais à tous les hébergeurs de contenus de fermer les comptes d’Alain Soral ainsi que ceux d’Egalité et Réconciliation». Le défenseur de l’avocat Damien Viguier a dénoncé «un scandale»: «on condamne un avocat français pour sa simple défense dans un dossier».

Cette condamnation n’est pas la première de son casier judiciaire. Diffamation, injures raciales ou antisémites, incitation à la haine raciale, provocation à la haine, la discrimination ou la violence, apologie de crimes de guerre et contre l’humanité. Jusqu’à maintenant, aucune de ces condamnations n’a permis de stopper sa logorrhée haineuse. Encore en janvier dernier, à l’issue d’une audience au tribunal de Bobigny, il écrit à propos de la procureure: «Je n’ai jamais entendu autant de mensonges et de malhonnêteté sortir de la bouche d’une femme, et pourtant, des salopes, j’en ai connues».

C’est au début des années 2000 qu’Alain Soral se fait connaître à travers la publication de différents essais dont comme «Le mouvement de mode expliqués aux parents», paru en 1984, «Sociologie du dragueur» en 1996, ou encore «Jusqu’où va-t-on descendre?» en 2002. Il commence ensuite à écumer les plateaux de télé et fréquente régulièrement les émissions de Thierry Ardisson. Politiquement, il passe du Parti communiste français dans les années 90 au Front national de Jean-Marie Le Pen, intégrant même son comité central en 2007. Il quittera le FN en 2009 pour discorde autour de la liste pour les élections européennes. Il lance alors sa propre liste avec l’humoriste Dieudonné, la «Liste antisioniste» financée par l’Iran et qui ne récoltera que 1,3% des suffrages. Sur les plateaux, de plus en plus pointent du doigt ses propos vis-à-vis des juifs, de la mise en cause de la Shoah, ses paroles outrancières. Son site «Egalité et Réconciliation», créé pour réconcilier «la gauche du travail et la droite des valeurs», est un succès en terme de fréquentation. Il a également fondé sa propre société d’édition «Kontre Kulture» ainsi que sa propre chaîne Youtube, fréquentée par des dizaines de milliers de personnes, alors même qu’il est désormais clairement considéré comme antisémite par l’ensemble de la classe politique et médiatique. C’est la 21e condamnation d’Alain Soral. Quatre autres décisions de justice l’attendent en mai prochain devant la cour d’appel de Paris.