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France Lutte contre lantisémitisme

Procédure inédite pour bloquer un site Internet raciste

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Source: haaretz

Les opérateurs de télécoms sont assignés jeudi 8 novembre au tribunal de grande instance de Paris afin qu’ils bloquent l’accès à un site Internet d’extrême droite ouvertement raciste, à défaut de pouvoir en identifier les responsables.

C’est une procédure inédite qu’a lancée le procureur de la République de Paris en assignant au tribunal de grande instance de Paris, le 8 novembre 2018, en référé, neuf opérateurs de télécoms – dont les quatre principaux : Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free – pour qu’ils bloquent un site Internet d’extrême droite.

Lancée en 2017, « Démocratie participative » est visée par plusieurs procédures judiciaires de particuliers, d’associations de lutte contre le racisme ainsi que du Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie.

« Les investigations menées par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne n’ont pas permis d’identifier ni l’auteur des propos ni le directeur de publication », écrit néanmoins le procureur de la République de Paris à l’un des plaignants. Par ailleurs, le nom de domaine a été attribué par une société étrangère « dont l’objet est d’anonymiser les noms de domaines, aussi, celle-ci n’a pas répondu à nos réquisitions. »

« Démocratie participative » se revendique ouvertement raciste, à travers notamment une rubrique intitulée « textes doctrinaux de la révolution raciste ». Les articles qui s’y trouvent classés s’intitulent « Être raciste ou mourir, il faut choisir » (17 mai 2017) ou encore : « La révolution raciste européenne que nous voulons » (4 octobre 2017).

Ce site se rattache à la mouvance racialiste d’extrême droite qui dénonce un « grand remplacement » en Europe des blancs de peau « par des nègres et des Arabes ». Verbalement très violent, sa caractéristique est en effet de dire crûment ce que le reste de cette mouvance n’ose pas assumer jusqu’au bout, se contentant de parler d’« immigration extra-européenne ».

Surtout, il multiplie les attaques personnelles (l’auteur de ces lignes et sa famille y ont été injuriés et diffamés dans un article du 23 août 2018) et les propos racistes (« nègres », « bougnoules », « youpin », « sale juif », « juiverie » etc.), n’hésitant pas à coller une étoile jaune sur les personnalités indiquées comme de confession juive ou à utiliser des références hitlériennes.

Si la justice n’a pas pu identifier ses responsables, un faisceau d’indices désigne la même personne. Début 2017, « Démocratie participative » traçait un de ses premiers articles « via Breizatao.com ». Réciproquement, ce dernier site, créé par le militant d’extrême droite Boris Le Lay, renvoyait à la même période aux premières émissions webradio de « Démocratie participative ».

D’autres éléments permettent de rapprocher Boris Le Lay de « Démocratie participative ». Le premier, une même référence à « Gandalf Le Blanc », personnage du livre Le Seigneur des anneaux. D’une part, la bannière du compte YouTube de l’intéressé est un extrait du film Le Seigneur des anneaux (séquence du conseil d’Elrond). D’autre part, « Gandalf Le Blanc » est le pseudonyme de l’animateur des émissions webradio de « Démocratie Participative ». Le deuxième élément de rapprochement, justement, est une parenté entre les voix de Boris Le Lay et de « Gandalf Le Blanc ».

Troisième élément, révélé mi-octobre par Le Monde : « une adresse IP commune à DemocratieParticipative.biz et à deux sites ouvertement gérés par ce militant », ainsi qu’un changement d’hébergeur des trois sites, fin 2017, « pratiquement en même temps ».

Enfin, une chaîne YouTube de cette mouvance d’extrême droite avait diffusé trois « BEST OF de Boris Le Lay #1/2/3 – Démocratie Participative ». Le réalisateur a aussitôt été rappelé à l’ordre : « Bonjour, j’aurais un conseil pour ta chaîne. Ce serait de supprimer tes deux vidéos sur Boris le Lay. Pourquoi ? Parce que tu dis explicitement que c’est gandalf le blanc. Il risquerait de se faire choper si on divulgue cette information, ce serait catastrophique. Fais comme il te plaît, je t’encourage car ta chaîne me plaît. Mais là il vaudrait mieux supprimer ces 2 vidéos ». Les vidéos en question ont été retirées depuis.

Pour d’autres publications, Boris Le Lay cumule déjà plus de huit années de condamnation à de la prison ferme. Il s’est donc « exilé contre [sa] volonté » au Japon, d’où il poursuit tranquillement sa propagande sur Internet.