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Lutte contre lantisémitisme

le Labour adopte la définition complète de l’antisémitisme

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Source: The Guardian

La réunion était prévue pour durer une demi-heure. Mais il aura fallu pas moins de quatre heures de débats tendus mardi pour arriver à un accord et mettre fin, peut-être, à une polémique qui empoisonne violemment le parti travailliste britannique depuis des mois. Le National Executive Committee (NEC) du Labour, son instance dirigeante, a finalement adopté la définition complète de l’antisémitisme – avec les onze exemples qui l’accompagnent – telle que définie par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). L’adoption s’accompagne d’un communiqué indiquant que cette décision ne «diminuera d’aucune façon la liberté d’expression sur Israël ou les droits des Palestiniens». L’aile gauche du parti s’opposait depuis des mois à l’adoption complète du texte par crainte de ne plus pouvoir critiquer la politique d’Israël, notamment vis-à-vis des Palestiniens, sans être taxé d’antisémitisme.

Dans un communiqué, le NEC a annoncé avoir «aujourd’hui adopté l’ensemble des exemples d’antisémitisme de l’IHRA, à côté de la définition adoptée par le Labour en 2016 et avec un communiqué qui assure que cela ne diminuera en aucune façon la liberté d’expression vis-à-vis d’Israël ou les droits des Palestiniens».

Ce vote suffira-t-il à restaurer la confiance de la communauté juive travailliste mais aussi celle de nombre de membres du Labour ? Depuis des mois, le leader du parti Jeremy Corbyn et son entourage proche sont accusés de complaisance face à une recrudescence des actes antisémites au sein du parti. Plusieurs députées juives ont été l’objet ces derniers mois d’une avalanche d’attaques antisémites sur les réseaux sociaux. Mardi, la commissaire en chef de la police métropolitaine (Scotland Yard), Cressida Dick, a annoncé que ses services allaient enquêter sur un dossier du Labour obtenu par la station de radio londonienne LBC détaillant quarante-cinq cas suspects d’antisémitisme. Or, d’après la commissaire, au moins dix-sept de ces allégations auraient déjà dû être transmises à la police. Les autorités du Labour n’ont toujours pas traité ces accusations. Dimanche, devant le congrès annuel de la Labour Jewish Mouvement, Jon Lansman, fondateur du mouvement d’activistes Momentum – qui a porté au pouvoir Jeremy Corbyn – avait justifié la lenteur des procédures par un «manque de personnel».

Lundi soir, l’élection au NEC de Pete Willsmann, activiste travailliste et ami depuis quarante-et-un ans de Jeremy Corbyn, avait provoqué de violentes critiques. Pete Willsmann avait été enregistré en juillet tenant des propos antisémites. Il avait notamment estimé que les accusations d’antisémitisme au sein du Labour étaient une invention, un complot monté par «des Juifs, tous soutiens fanatiques de Trump». Il s’était excusé mais avait été immédiatement expulsé de Momentum qui l’avait retiré de sa liste de candidats au NEC. Mais il n’avait pas été suspendu du Labour.

La démission de plusieurs députés, la menace de démission d’autres et les craintes d’un éclatement du parti ont finalement poussé l’aile la plus à gauche du parti à accepter la définition en question. Le numéro 2 du Labour, Tom Watson, avait plaidé avec force pour son adoption, tout comme John McDonnell, chancelier de l’Echiquier dans le cabinet fantôme et très proche de Jeremy Corbyn.

Ce dernier est le seul à s’être très peu exprimé ces derniers jours. Le NEC a jugé dans son communiqué que la «déclaration de Jeremy Corbyn lors de la réunion sur la lutte contre l’antisémitisme, la solidarité avec la communauté juive et la protection des droits des Palestiniens»représente «une contribution importante à la consultation sur le code de conduite du Labour». A moins de trois semaines de son congrès annuel à Birmingham, les dirigeants du Labour, au coude-à-coude dans les sondages avec le parti conservateur, espèrent, avec ce vote, avoir mis fin à une polémique qui depuis des mois empêche tout autre débat en son sein.