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L’antisémitisme devient courant sur la Toile, révèle une étude

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Source: linguistik

Une étude très attendue réalisée par Monika Schwarz-Friesel, experte internationale sur la question de l’antisémitisme, révèle que la quantité des contenus antisémites allemands sur le Net a augmenté massivement au cours des dix dernières années, qu’ils pénètrent la société ordinaire et qu’ils sont de plus en plus extrêmes.

Ce projet de recherche qui a été rendu public mercredi a étudié 300 000 contenus sur la Toile, en Allemagne, publiés entre 2014 et 2018, avec une focalisation sur les réseaux sociaux.

Au cours de la première année de l’étude, un peu moins de 23 % des contenus étaient catégorisés comme antisémites. En 2017, ce chiffre s’est élevé à plus de 30 %.

Une étude similaire qui avait été conduite par Schwarz-Friesel en 2007 avait estimé à l’époque que seulement 7,5 % des contenus internet examinés étaient antisémites, ce qui indique une augmentation de plus de 22 % au cours de la dernière décennie.

Les derniers résultats montrent non seulement une hausse massive des contenus antisémites trouvés en ligne mais aussi une radicalisation en termes de propos tenus.

Par exemple, les commentaires antisémites publiés en réponse aux actualités et autres articles d’information n’ont pas simplement augmenté en chiffre, ils sont également devenus plus extrêmes dans leur formulation.

Cette étude a été financée par l’Association de recherche allemande et les résultats ont été publiés mercredi lors d’une conférence de presse organisée à l’Université technique de Berlin, où Schwarz-Friesel enseigne les sciences cognitives.

« L’antisémitisme est omniprésent dans la communication en ligne », a déclaré Schwarz-Friesel.

« Il a également augmenté et s’est intensifié en ce qui concerne le Web 2.0, les liens hypertextes vers les photos, les textes, les chansons et les films ».

En fait, les campagnes contre l’antisémitisme elles-mêmes sur les réseaux sociaux – comme Facebook – provoquent d’importants afflux de propos anti-juifs. 38 % des commentaires postés en réponse à une campagne menée sur Facebook en Allemagne, en 2014, intitulée #PlusJamais haine anti-juive, étaient antisémites.

L’étude a également révélé qu’une grande partie de l’antisémitisme qui s’exprime sur Internet apparaît sous forme de stéréotypes projetés contre l’Etat d’Israël.

Schwarz-Friesel a déclaré que l’antisémitisme lié à Israël pouvait se distinguer de la critique légitime de l’Etat juif à travers plusieurs concepts clairement définis et scientifiquement soutenus.

Elle a ajouté que les inquiétudes que toute critique d’Israël puisse être potentiellement perçue comme antisémite sont peu justifiées dans les faits.

« Il a été scientifiquement prouvé que l’antisémitisme lié à Israël se fonde sur des stéréotypes antisémites classiques », a fait savoir un communiqué émis par Schwarz-Friesel et son équipe de chercheurs.

De manière notable, l’étude a aussi montré que les propos antisémites dissimulés sous la critique d’Israël apparaissent souvent dans des contextes sans lien avec le conflit du Moyen-Orient.

L’antisémitisme lié à Israël, selon les chercheurs, est particulièrement inquiétant dans la mesure où il est souvent considéré comme étant socialement acceptable et qu’il rencontre donc peu de résistances au sein de la société et chez les élites – ce qui joue un rôle particulièrement important dans la diffusion et dans la consolidation de ces visions du monde antisémites.

Toutefois, l’antisémitisme associé à Israël n’est pas la forme la plus importante de la haine anti-juive sur Internet. 55 % des contenus antisémites examinés par les chercheurs s’appuient sur des tropes antisémites classiques tels que « les Juifs sont le plus grand fléau de l’humanité ».

Venant contrer les affirmations faisant état d’un antisémitisme musulman qui se serait développé en réponse à la politique israélienne, il s’est avéré au cours de l’étude que cette haine anti-juive particulière se basait sur des stéréotypes classiques plus souvent que sur des sujets liés à Israël.

De manière inquiétante, l’étude a établi que la hausse globale de l’antisémitisme en ligne ne provenait pas d’éléments extrémistes. Ce qui signifie que ce fanatisme anti-juif ne s’arrête pas aux portes des groupes radicaux et qu’il s’infiltre dans les strates de la société en général.

Enfin, l’étude a découvert une uniformité dans les notions antisémites parmi les utilisateurs indépendamment des affiliations politiques ou de la base idéologique, ce qui témoigne de la continuité culturelle et de l’enracinement social de l’antisémitisme.