France / 29-11-2017

Cinq suspects en garde à vue après l’agression et la séquestration d’une famille juive

Source: paris-normandie


Début septembre, l’agression et la séquestration d’une famille juive de Seine-Saint-Denis avaient provoqué l’émoi : près de trois mois plus tard, cinq suspects ont été placés en garde à vue mardi par la police, qui devra notamment déterminer si les victimes ont été “ciblées” en raison de leur religion.

 

Le 8 septembre au petit matin, à Livry-Gargan, des cambrioleurs avaient pénétré par effraction et coupé le courant dans le pavillon du militant associatif Roger Pinto, âgé de 78 ans, où se trouvaient également sa femme et son fils. Ils avaient d’abord séquestré le fils de la famille puis, au petit matin, s’en étaient pris à la mère et au père, qui avait reçu plusieurs coups de pied au thorax et à la tête. La famille avait été ligotée et séquestrée pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que la femme parvienne à alerter la police.

 

Selon les victimes, leurs agresseurs leur auraient lancé : “Vous êtes juifs donc vous avez de l’argent.”

 

Parmi les cinq personnes placées en garde à vue mardi à l’aube figurent trois jeunes âgés de 20 à 23 ans, soupçonnés d’être les auteurs de l’agression, et un homme de 50 ans, incarcéré courant septembre dans une autre affaire pour recel de cartes bleues qui pourrait être leur “chef”, ont indiqué à l’AFP des sources judiciaire et policière.

 

Les enquêteurs ont également interpellé en Seine-Saint-Denis une jeune fille de 19 ans, “complice” présumée, qui se serait rendue à un distributeur automatique au matin du 8 septembre pour retirer de l’argent avec les cartes bancaires des victimes, auxquels les malfaiteurs avaient aussi dérobé bijoux et espèces.

 

L’agression avait provoqué un vif émoi dans la communauté juive, où Roger Pinto, président de l’association “de défense du peuple juif et de l’État d’Israël” Siona, a occupé de nombreuses fonctions au sein d’institutions.

 

Dans un communiqué, le préfet de police de Paris Michel Delpuech, a estimé mardi que les conditions de l’agression “laissaient peu de doute quant au caractère antisémite de cette action crapuleuse”.

 

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a salué dans un communiqué l’interpellation de ces “cinq personnes susceptibles d’être impliquées dans la lâche et violente agression d’une famille de confession juive”, soulignant que “la lutte contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme est une priorité des services de police et de gendarmerie”.

 

Le parquet de Bobigny avait confié à la Sûreté territoriale du département une enquête pour séquestration, vol et extorsion en réunion avec violences et en raison de la religion des victimes.

 

Les enquêteurs cherchent à établir si le pavillon a été préalablement “ciblé” en raison de l’appartenance religieuse de ses occupants, selon une source policière.

 

Les victimes “pensent, au regard des propos tenus par les agresseurs, qu’ils ont été agressés car juifs”, avait dit à l’AFP Marc Bensimhon, leur avocat, au moment des faits.

 

Mardi, l’avocat a dit son “immense satisfaction” à l’annonce de ces interpellations. Selon lui, “la police a beaucoup oeuvré et l’intervention du ministre de l’Intérieur y est pour beaucoup”.

 

Après cette agression, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) avait condamné “une nouvelle agression manifestement antisémite” et “préméditée”.

 

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avait de son côté appelé “à une vigilance renforcée et à des sanctions exemplaires et dissuasives”. D’autant que l’affaire intervenait quelques mois après la mort de Sarah Halimi, une femme juive de 65 ans défenestrée en avril à Paris.

 

Pour la Licra, cette affaire rappelait “évidemment celle de Créteil”, qui avait vu un couple séquestré et la femme violée en 2014 lors d’une agression pour laquelle cinq hommes devront être jugés aux assises avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme.

 

“Onze ans après le meurtre antisémite d’Ilan Halimi, le fantasme du juif riche continue à faire ses victimes”, avait de son côté déploré SOS Racisme, en allusion au jeune juif décédé en 2006 après avoir été séquestré et torturé par le “gang des barbares”.